Grâce aux efforts déployés par les autorités sanitaires de Mwali pour éradiquer le paludisme, la maladie semblait appartenir au passé. Seuls quelques cas importés depuis Ngazidja ou Ndzuani étaient occasionnellement recensés. Cependant, depuis janvier 2025, la situation est devenue de plus en plus alarmante : en moins de trois mois, plus de 60 cas ont été enregistrés sur l’île. Face à cette recrudescence, les responsables sanitaires de Mwali, la gendarmerie, la police nationale ainsi que les élus communaux se sont réunis le mardi 11 mars à l’hôpital régional de Fomboni.
Cette rencontre avait pour but d’échanger et de plaider en faveur du renforcement de la surveillance épidémiologique. L’objectif est de mobiliser la population pour soutenir et accompagner le processus d’élimination du paludisme à Mwali. Selon la direction régionale de la santé de Mwali, l’île a enregistré 45 cas de paludisme en 2022, 80 en 2023 et 363 en 2024. Jusqu’en février 2025, 63 cas ont déjà été recensés, et les professionnels de santé craignent une aggravation de la situation si aucune mesure supplémentaire n’est prise.
« Mwali compte environ 105 plages, dont quatre constituent des portes d’entrée et de sortie officielles. Nous y avons déployé des équipes épidémiologiques pour contrôler les passagers en provenance des autres îles. Toutefois, cette action de riposte ne donne pas de résultats satisfaisants », a souligné le docteur Sitty Fatima Mohamed Dakoine, directrice régionale de la santé de Mwali. Plusieurs facteurs expliqueraient cette situation préoccupante. D’une part, la population ne serait pas suffisamment coopérative : de nombreux passagers refusent de se faire dépister. D’autre part, les autorités sanitaires déplorent un manque d’accompagnement de la part des instances nationales. «Nous avons l’impression d’être abandonnés par nos collègues de la grande île.
Depuis janvier 2025, nous souffrons d’une pénurie de tests de dépistage du paludisme. En 2020 et 2021, nous avons distribué respectivement 31 061 et 29 850 moustiquaires imprégnées, un nombre largement insuffisant au regard de la population cible, d’autant plus que celle-ci ne cesse de croître», a précisé la directrice. Le chirurgien Dr Hassanaly Abdoul-Anzize a, quant à lui, craint le pire. « Si le paludisme persiste à Mwali, je crains une forte augmentation de la mortalité», a-t-il averti.
L’épidémiologiste Rachad Attoumane Kéké a présenté, lors d’une animation vidéo, les défis auxquels l’île est confrontée. «Toutes les conditions de transmission du paludisme sont réunies à Mwali. Ndzuani et Ngazidja n’abritent qu’une seule espèce d’anophèle (moustique vecteur du paludisme), tandis qu’ici, nous en recensons près de six. Il reste à déterminer si leur durée de vie est la même», a-t-il expliqué.
A. Housni