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Film documentaire I «Ousman’eau», des témoignages poignants

Film documentaire I «Ousman’eau», des témoignages poignants

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Bien qu’il ait mis en avant les revendeurs d’eau et les grosses difficultés d’approvisionnement en eau dans la capitale comorienne et ses environs, le réalisateur Rafik Daoud revient sur divers problèmes du quotidien des Comoriens. En sept minutes, l’oeuvre livre des images et des témoignages poignants sur le «peu de souci qu’aurait l’entreprise publique de l’eau envers la population», le chômage qui serait en train de déprécier l’importance d’avoir un diplôme, la pauvreté, etc. Un coup de maître pour ce court métrage qui a été projeté à la très récente deuxième édition de l’Euro Film Fest.

 

«L’eau, c’est vie, c’est la santé». La citation du médecin Chauvot de Beauchêne semble loin de faire partie des soucis de la Sonede censée fournir l’eau dans Moroni et ses environs. Dans la capitale comorienne, on peut faire des jours – voir des semaines – sans qu’une seule goutte d’eau ne coule du robinet dans plusieurs quartiers de la ville.


L’entreprise publique se révèle incapable de fournir suffisamment d’eau à la population qui ne demande qu’un peu d’eau pour subvenir à ses besoins quotidiens cruciaux.C’est dans ces circonstances, que le réalisateur de cinéma, Rafik Daoud, a choisi de braquer sa caméra sur un revendeur d’eau de la cité où chercher à se procurer quelques litres du désormais précieux liquide peut relever du parcours du combattant.


Dans ce court-métrage produit par Création Nextez, le réalisateur a suivi le revendeur d’eau, Ousman, durant deux jours au cours desquels, on découvre les méandres du métier de vendeur d’eau. Sans détour, Ousman et ses acheteurs racontent et se racontent combien ce liquide est devenu précieux, et les difficultés qu’il y a à s’en procurer.

«Mal au cœur», conflits, etc.

Le film lève le rideau sur un coup de fil désespéré d’une cliente de Ousman : «Je voudrais avoir de l’eau. Il n’y en a plus une goutte à la maison. N’oubliez pas car je dois préparer à manger». «Je ne vends pas l’eau par plaisir. Je pense qu’il serait mieux qu’il y ait de l’eau à portée de tous. Ce rôle revient à la Mamwe (ancienne appellation de la Sonede) dont le travail est de fournir de l’eau sur tout le territoire.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Personnellement, cela ne me fait pas plaisir de voir des gens souffrir de la sorte. Le plus triste, c’est quand, alors que nous ayons tout vendu, des clients viennent jusqu’à scruter nos bidons pour être sûrs qu’il ne nous en reste effectivement pas. Cela nous fait très mal», raconte le personnage principal du documentaire, Ousman.


Alors que les vendeurs d’eau essaient de recueillir suffisamment d’eau dans leurs jerricanes pour «venir en aide» à ceux qui ne peuvent pas s’en procurer, ils essuient de violents critiques dans les fontaines publiques de la part des habitants qui leur reprochent de «monopoliser des bornes fontaines avec leur montagne de jerricanes» : «Vous ne prenez pas de l’eau pour vos usages quotidiens, mais pour aller la vendre. Il faut, donc, vous rendre au château d’eau pour vous en procurer», s’insurge une dame avant qu’un taximan confortablement assis dans sa voiture ne prenne la défense du revendeur.


«Si les revendeurs ne passent pas, nous crevons. On ne cuisine pas. Quand ils sont là, nous nous battons pour avoir un peu d’eau. Dès que je vends un petit quelque chose dans ma boutique, je dois obligatoirement prélever deux milles francs pour acheter l’eau. Dans ces conditions, si la facture de la société d’eau arrive, pensez-vous que je dois l’honorer?», interroge une dame, très remontée.
Ousman’eau est une histoire qui mérite d’être racontée et pensée à l’intention de ceux et celles, autorités et institutions publiques, qui dont le boulot est de trouver des solutions aux nombreuses difficultés qui assaillent les Comoriens.

Il n’y a pas que l’eau

En plus des difficultés d’approvisionnement en eau, le réalisateur a réorienté son viseur et a, ainsi, permis de voir la réalité de bon nombre d’habitants frappés par le désespoir et le chômage. Ousman est diplômé en géographie mais le manque de travaille l’a poussé à se lancer dans la vente d’eau pour selon lui, subvenir à ses besoins et surtout venir en aide à la population qui crie «sans que personne ne daigne l’entendre».


«Ce film m’a beaucoup inspiré. Il m’a fait prendre conscience que quels que soient les problèmes, il faut toujours se battre pour se relever et ne compter que sur soi-même, à l’exemple d’Ousman, dans le film qui a rangé ses diplômes dans les tiroirs et s’est lancé dans la vente d’eau. Il est désolant de constater qu’alors qu’on est en plein vingt et unième siècle, les Comoriens soient encore réduits à faire face à des problèmes aussi élémentaires que la fourniture en eau», a déclaré un spectateur après la projection du film au Ccac-Mavuna.


Dire qu’on n’est pas dans le film documentaire «Marché sur l’eau» d’Aïssa Maïga où il est question de se procurer de l’eau en plein désert, mais aux Comores, un pays où les sources d’eaux coulent à flot.
«Avant le tournage, je pensais me focaliser sur Ousman et sa vente d’eau, mais pendant le tournage, j’ai réalisé que je pouvais aller au-delà avec les témoignages d’Ousman et ses clients qui ont parlé de chômage, de confiance en soi, de la Sonede et de bien d’autres choses. Comme tout réalisateur, j’espère que mon film va faire le tour des festivals», a conclu le réalisateur.

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